L'Assemblée nationale sonne faux car de nombreuses voix n'y sont jamais représentées. Pour cela, une réforme du mode de scrutin demeure fort souhaitable. C'est ce qu'a souligné le 2 avril 2007 le politologue Jean-Herman Guay, de l'Université de Sherbrooke, en réaction à la pétition lancée le 1er avril par un groupe de personnalités dont font partie Jean Allaire, Jean-Pierre Charbonneau, Louise Beaudoin et Liza Frulla. Ces gens se prononcent en faveur de cette réforme maintes fois réclamée mais jamais entreprise par le gouvernement, peu importe sa couleur politique.
"Cette fois-ci, un gouvernement minoritaire pourrait être davantage favorable. L'enlignement des planètes pourrait être le bon. On verra", a dit M. Guay.
Pour justifier une réforme, M. Guay rappelle les élections de 1998 à l'issue desquelles les libéraux avaient obtenu davantage de votes mais moins de députés que le Parti québécois. Cette fois, le système actuel fait en sorte que les Verts et Québec solidaire n'ont aucun siège à l'Assemblée nationale bien que 8 pour cent des électeurs se sont prononcés en faveur de ces deux partis.
"Il n'est pas sain démocratiquement que les voix de ces électeurs ne peuvent jamais se faire entendre à l'Assemblée nationale. Et bien des gens ne votent pas pour eux en fonction de cela. S'ils étaient sûr que leurs votes auraient une importance, ils voteraient pour eux", a-t-il souligné.
Quant à la réforme proprement dite, le politologue précise qu'il serait possible d'avoir le meilleur des deux mondes. Il serait effectivement possible pour le Québec d'adopter un système mixte qui marierait à la fois le système actuel de l'uninominal à un tour et le système de la proportionnelle.
Ainsi, par exemple, a imagé M. Guay, quelque 75 ou même 100 sièges seraient comblés selon l'actuel système uninominal à un tour appliqué dans les 75 ou 100 circonscriptions dont serait formé le Québec. Pour les 50 ou 25 sièges qui restent, on les comblerait selon le système de la proportionnelle. Ainsi, un parti politique pourrait combler l'un de ces sièges pour chaque tranche de 2 ou de 4 pour cent d'électeurs en leur faveur.
Selon M. Guay, on peut d'ailleurs attribuer la présente revanche de l'ADQ de Mario Dumont au fait que les électeurs sont fatigués des voix des "vieux partis" et du fait que l'ADQ a toujours eu moins de sièges que ce à quoi elle aurait droit en fonction du pourcentage de partisans.
"Il faut trouver une mécanique qui assure la stabilité au gouvernement et, en même temps, accorde une place pour les idées divergentes de celles véhiculées par les grands partis politiques", a déclaré M. Guay.
Source : PC Sherbrooke, La Tribune, 04.04.2007