Le Rwanda figure maintenant au premier rang des parlements mondiaux comptant le plus grand nombre de femmes élues à la Chambre des députés, soit 48,8%. Profitant du passage à Montréal, le 11 avril 2006, de madame Spéciose Mukandutiyé, députée au parlement du Rwanda, le Collectif Féminisme et Démocratie, en collaboration avec le comité Femmes de la Conférence des élus de Montréal et Développement et Paix, réunissait une vingtaine de personnes pour discuter de l'impact des mesures constitutionnelles et législatives instaurées au Rwanda depuis 2003 (quotas pour les femmes et mode de scrutin proportionnel avec liste). Au delà des statistiques, nous avons voulu en savoir davantage sur la façon dont les femmes ont obtenu ces mesures démocratiques et comment se partage le pouvoir aujourd'hui avec les hommes.
Madame Mukandutiyé a d'abord présenté le portrait de la femme rwandaise de la période prégénocidaire (1994 : 1 million de Tutsis et Hutus modérés massacrés) à nos jours. Autrefois une femme était avant tout une épouse, une mère; plus elle était fertile, plus elle était considérée socialement. Vers les années 90 naissait le mouvement des femmes qui a grandement contribué à faire évoluer les mentalités. Le génocide a entraîné des changements majeurs et rapides quant au rôle des femmes dans la société. En l'absence de leurs maris, de leurs pères, de leurs frères, de leur fils, malgré la tradition et les tabous, elles ont eu à reconstruire leur maison, relancer les activités agricoles, former les enfants et les orphelins à des métiers et surtout reprendre goût à la vie.
Bien qu'elles occupent près de 50% des sièges à la Chambre des députés, elles ne sont que 30% au Gouvernement. Cependant, en raison de leur nombre significatif à la Chambre et de leur présence active dans les Commissions, elle ont un grand pouvoir d'influence sur les législations. De nouvelles lois touchant les droits des femmes ont été adoptées comme le droit à l'héritage, une loi contre le viol et une loi permettant aux femmes de garder leurs enfants suite à une séparation. De plus, une loi contre la violence faite aux femmes est actuellement en préparation. Des gains démocratiques majeurs ont été obtenus pour les femmes et l'ensemble du peuple rwandais. Toutefois, madame Mukandutiyé fait appel à la solidarité internationale pour ne pas oublier ce qui s'est passé et pour aider à la reconstruction du pays au niveau de l'éducation, de la santé et de l'économie.
Pour en savoir plus long sur le sujet, nous vous invitons à lire l'article intitulé La moitié des sièges pour les femmes à la Chambre des députés, dans le livre Femmes et parlements : un regard international sous la direction de Manon Tremblay publié par les Éditions du remue-ménage. Vous pouvez également consulter une page web qui présente le parlement rwandais.